«Pour
une Algérie forte et sereine.»
« L’Algérie n’est pas une
simple expression géographique mais plutôt un programme d’action et une philosophie politique. »
[Houari Boumediene]
Une fois élu, le Président Bouteflika fit son premier discours lors de la cérémonie de prestation de serment.
Voici, pour rappel, le contenu intégral de ce discours.
« Au Nom de Dieu, Le Clément et Miséricordieux,
Monsieur le Président,
Je vous remercie des félicitations que vous m'avez adressées et des vœux que vous avez bien voulu former à mon endroit pour l'avenir de l’Algérie.
Je voudrais, pour ma part, rendre hommage, en votre personne, à un grand patriote qui a eu à assumer les pouvoirs de la République en des heures particulièrement sombres de la vie du pays, menacé alors dans l'existence même de son Etat national.
Sous votre conduite, Monsieur le Président, l’Etat a pu écarter le spectre de l'effondrement, annoncé ici et là, réoccuper de nombreux domaines dans le champ de sa responsabilité, améliorer de manière significative la situation sécuritaire du pays et renouer avec la légalité constitutionnelle.
Le processus que vous avez engagé en 1995, nous l'avons encouragé et soutenu car nous sommes convaincus, comme vous, que c'est dans la voie de la démocratisation et de l'instauration de l’Etat de droit que se situent la sortie de la crise et la fin des épreuves que nous subissons.
A cet égard l'histoire retiendra, Monsieur le Président, qu'en faisant tenir, avec un souci extrême d’impartialité et de transparence, des élections présidentielles anticipées auxquelles vous n’étiez pas candidat, vous avez contribué, en dépit de vaines péripéties politiciennes, à une avancée déterminante de la culture et des principes démocratiques au sein de la Nation.
Mesdames, messieurs,
Au moment où je prends mes fonctions de Président de la République, de par la volonté libre et définitivement souveraine du peuple algérien, c'est un sentiment de profonde gravité que je ressens. Car je mesure pleinement l’immensité des attentes et des besoins du pays, comme je mesure l'importance et la difficulté des écueils qui se dressent encore sur la voie du renouveau national.
Le plein rétablissement de la paix civile et l’élimination de la violence dans les actes et dans les esprits sont les objectifs prioritaires de toute politique qui réponde aux vœux profonds de la nation.
Dans ce cadre, je veux affirmer nettement que la sécurité des personnes et des biens est la responsabilité essentielle de l’Etat, qui ne saurait tolérer, en aucune circonstance, les atteintes à son égard, et qui doit mettre en œuvre, les moyens, tous les moyens sans exception, dont il dispose pour s'opposer aux actes terroristes et ses supports pour les réprimer conformément à la loi.
Mais, parallèlement, les pouvoirs publics se doivent de rechercher les conditions du dépassement des causes qui, ayant pu contribuer directement ou indirectement à l’émergence de tels comportements abominables, continuent de favoriser leur perpétuation.
Toutes les forces politiques et toutes les bonnes volontés, tous ceux qui voudront prendre conscience des exigences qu'impose la vie en commun dans la Patrie commune, tous ceux qui conviennent de l’impérieuse nécessité de tourner une page douloureuse de notre histoire et d'assumer avec responsabilité les séquelles d'une tragédie collective dont les algériens seuls, et surtout les plus humbles, acquittent le tribut, doivent pouvoir s'associer à l’œuvre de restauration de la concorde civile à laquelle s'attachent tant d'enjeux vitaux pour la Nation, et à contribuer, ainsi, chacun à la mesure de son influence et de ses moyens, à exorciser les démons de la division et de la violence pour consolider les bases du nouveau départ, fondé sur le respect mutuel des convictions, la compétition pacifique des idées et des programmes, la garantie des droits constitutionnels intangibles aux libertés publiques et individuelles.
Pour ma part, je m'engage, dans un esprit de large rassemblement, à ne ménager aucun effort dans le cadre de l'exercice de mes prérogatives pour favoriser, sans arrière-pensée ni prévention d'aucune sorte, la convergence des efforts que dictent les objectifs vitaux d'une politique nationale, exclusivement nationale, de paix, d’ouverture au progrès et de construction démocratique.
Construire le projet démocratique, c'est aussi œuvrer à redonner leur légitimité profonde aux institutions de l’Etat dont le discrédit, du fait des pratiques malsaines et des dérives de tous ordres, a affaibli la conscience civique au sein de la Nation et contribué, essentiellement, à précipiter la crise aux multiples aspects que nous vivons.
Assurer concrètement la protection du citoyen contre tous les abus d'où qu'ils viennent, établir dans les faits le principe de la primauté de la loi et de l’égalité absolue devant elle, assurer que seuls le mérite et l'effort vaudront l’élévation et la considération sociales, garantir l’égalité des chances pour tous les citoyens, assurer l’impartialité de l'administration et la qualité des prestations de service public, consacrer des mécanismes objectifs pour la promotion des compétences et offrir à celles-ci le cadre adéquat à leur pleine expression, créer les conditions d'un contrôle ferme et efficace pour concourir à l’élimination des gaspillages et des détournements des moyens de la collectivité, tels sont les principaux objectifs du vaste dessein dont la mise en œuvre conditionne le retour de la pleine confiance dans les institutions étatiques et permettra de donner pertinence et pleine efficacité aux actions publiques de développement économique et social.
J’œuvrerai à sa réalisation avec détermination et intransigeance, convaincu que la réhabilitation, la moralisation et la rénovation de l’Etat portent en elles la réponse aux revendications fondamentales de la société pour la justice, la dignité, la solidarité dans l'effort et les sacrifices.
Mesdames, messieurs,
Dans un monde où le rythme des mutations et du progrès technique est fortement accéléré, l’Algérie se doit de se doter des moyens de s’intégrer à ce mouvement général dans la préservation de son génie propre et de ses intérêts nationaux, sauf à sacrifier, dans une passivité inconsciente et suicidaire, ses chances de progrès dans un premier temps, son identité nationale et son indépendance ensuite.
Cette nécessité requiert, au premier chef, l'adaptation du système d'enseignement qui doit s'ouvrir davantage sur le monde, ses évolutions et ses exigences.
Elle requiert, dans le même ordre de priorité, le renforcement des conditions favorisant le développement et la valorisation des talents et des compétences, l'expression libre, l’échange et le débat d’idées, terreau sur lesquels, seuls, peuvent éclore la création intellectuelle et la capacité scientifique et technique qui constitueront dans le monde de demain les seuls remparts efficaces contre l’inféodation totale des nations.
La même exigence d’évolution et d'adaptation s'impose à nous dans l'ordre de l’activité économique.
Les graves difficultés que nous connaissons en ce domaine - qui se traduisent par tant de frustrations et tant de souffrances - ont eu des causes diverses dont il n'est pas le lieu de revenir sur les tenants.
En tout état de cause, le travail, la rigueur et l'effort se sont trouvés gravement déconsidérés comme valeurs dans la société et comme principes dans la gestion des activités de la nation.
Là se situe le mal essentiel. Là réside l'obstacle majeur à la pleine expression de nos ressources et de nos capacités. Il nous faut tous, impérativement, prendre conscience de cette réalité et nous convaincre que seule la réhabilitation du travail et du mérite pourront donner leur plein sens et leur efficacité aux actions, incontournables par ailleurs, visant à la rationalisation et à la consolidation du cadre organisationnel de l’économie, à la restructuration du secteur public et à sa redynamisation, à la promotion de l'investissement privé et à sa réorientation vers les activités productives, à la conquête de nouveaux espaces pour notre agriculture et à sa modernisation.
C'est ainsi, seulement, que nous pourrons nous dégager d'une dépendance aliénante vis à vis des ressources énergétiques, c'est ainsi que nous pourrons nous hisser à la hauteur des exigences de la mondialisation et éviter que cette nouvelle configuration des relations économiques internationales ne constitue seulement, pour nous, un handicap supplémentaire et un facteur de régression.
C'est précisément au plan des relations internationales que nous ressentons dans notre dignité collective les dommages causés par l'affaiblissement de l’Etat, par la perversion de la conscience nationale et par la discorde civile.
Aussi, est-ce en manifestant clairement notre volonté de trouver ensemble, entre algériens la solution de nos problèmes et celle d'assumer solidairement notre destin collectif que nous permettrons de soutenir plus fermement sur la scène internationale notre droit, si chèrement conquis, à la souveraineté totale et au respect, et de revendiquer la part, toute la part qui nous revient - de par nos ressources potentielles, notre situation géostratégique, l'exemple qu'a constitué notre guerre de libération et notre rôle dans l’émancipation du tiers monde - dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques visant à la paix, à la stabilité et à la coprospérité dans les espaces régionaux et les ensembles auxquels nous appartenons.
Mesdames, messieurs,
Le salut national dépend de nous et nous avons la responsabilité de le réaliser, de le réaliser seuls, et d'en accepter le prix dans le cadre de la consolidation de l’Etat national, du renforcement des Institutions de la République et de la promotion des libertés démocratiques.
Quant à notre place dans le monde qui se redessine, c'est tout naturellement en nous d'abord, et dans cette capacité à surmonter nos épreuves que nous pouvons l'affirmer.
Les voies du rétablissement et du renouveau existent, mais des taches immenses nous sollicitent afin de les déblayer. C'est pourquoi, au nom du peuple, grâce à lui et pour lui, j'appelle tous les fils de la Patrie Algérie, Patrie de tous les algériens, à prendre leur part à cette vaste entreprise sans quoi ils ne peuvent prétendre à devenir maîtres de leur destin quelles que soient les promesses.
L’Algérie a des potentialités réelles. Elle a l’immense réserve de vitalité de sa jeunesse. Elle sera ce que nous voudrons qu'elle soit, elle peut être forte et prospère.
C'est à tous les Algériens, par l'union, par l'effort et par la rigueur, de mériter l'avenir auquel nous aspirons. Il ne peut y avoir d'avenir que par notre volonté et notre mérite.
Monsieur le Président, Excellence, mesdames, messieurs, je vous remercie.
Vive l’Algérie. »
Cérémonie de prestation de serment (Alger, Mardi 27 Avril 1999)